Allocution du Président Fédéral allemand Horst Köhler à l'occasion de la remise du Prix allemand de l'Environnement
25.10.2005Augsbourg
Il y a des prix importants et il y en a d'autres qui sont moins importants. Le Prix allemand de l'Environnement fait partie des prix particulièrement importants. C'est la raison pour laquelle je suis là aujourd'hui. Ce prix met l'accent sur le fait que la préservation de notre cadre naturel de vie relève de la responsabilité de tous les êtres humains. Et les lauréats nous redonnent chaque année la confiance de croire que nous tiendrons ce challenge.
Comme Petra Bültmann-Steffin et Carsten Bührer, ils nous montrent que le savoir-faire technique, allié à l'audace entrepreneuriale, permet de réaliser d'énormes gains d?efficacité au niveau de la consommation d'énergie. Grâce aux travaux de recherche innovants comme ceux réalisés par le Professeur Bo Barker Jørgensen, ils nous permettent de mieux comprendre l'influence des mers sur le climat. Et ils nous prouvent, comme l'a fait Angelika Zahrnt, qu'un engagement inlassable, une ingéniosité intellectuelle et une force de conviction personnelle permettent de faire sortir les thèmes "protection de l'environnement" et "développement durable" des groupes d'experts pour les placer au centre de la société et au premier plan de l'ordre du jour pour les décideurs politiques. Chère Madame Zahrnt, j'ai toujours eu grand plaisir à échanger avec vous. Nous nous sommes rencontrés la dernière fois au printemps lors du "Kirchentag" de l'Eglise protestante à Brême. A cette occasion, vous avez formulé un souhait à mon adresse en me disant: "Continuez à miser sur le développement durable." Et nous avons découvert que dans notre engagement pour le développement durable, nous sommes comme frères et s?urs.
Chers lauréats, permettez-moi de vous exprimer mes chaleureux remerciements. Merci aussi à la Fondation allemande pour l'Environnement et au jury du Prix allemand de l'Environnement pour ce choix une fois de plus judicieux.
Judicieux aussi parce que les lauréats du Prix allemand de l'Environnement illustrent trois domaines clés qui deviendront décisifs au cours des prochaines décennies: la science, la technologie et le changement au niveau de la société. Nous nous trouvons à l'aube d'une nouvelle ère placée sous le signe de l'écologie et du développement durable. Nous reconnaissons: la responsabilité de toute création incombe à chacun d'entre nous. Et nous posons aujourd'hui les jalons de notre bien-être futur. Dans ce contexte, la collaboration est de rigueur, aucune nation du monde n'ayant le droit de faire son bonheur aux dépens des autres, tout un chacun se devant de veiller à assurer l'équilibre du monde. J'espère sincèrement que les délégations qui vont se rencontrer lors de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague au début du mois de décembre sont conscientes de cette responsabilité.
Entre-temps, tous les acteurs en sont conscients: nous devons tourner le dos au pétrole. Nous avons besoin d'un nouveau carburant servant de moyen de propulsion à nos économies nationales. Nous devons nous tourner vers les énergies renouvelables et vers une efficacité bien plus grande au niveau des énergies et des ressources. Cette évolution est indispensable sur le plan écologique et elle offre de nombreuses opportunités sur le plan économique. Néanmoins, nous devons être conscients du fait qu'il ne s'agit pas seulement de modifier quelques petits boutons de réglage au niveau de l'approvisionnement énergétique et le temps qui nous est imparti n'est pas non plus infini. Le défi à relever: la transformation en une "société post-carbone". Ceci va être pour nous synonyme de changement et adaptation. Il va nous falloir découvrir de nouvelles habitudes. Et je suis sûr que cette transformation va nous conduire vers une nouvelle qualité de vie améliorée.
Face à ces challenges, n'ayons crainte. En utilisant les techniques d'ores et déjà disponibles aujourd'hui, nous serions en mesure, disent les experts, de diviser par deux notre consommation d'énergie d'ici à 2050. Les factures de mazout et de gaz disparaîtraient pratiquement si nous vivions dans des maisons dites "passives" dont le niveau d'isolation thermique et d'aération rendrait le chauffage de type traditionnel superflu. La facture d'électricité serait divisée par deux si nous utilisions des réfrigérateurs, cuisinières électriques et machines à laver répondant à la classe énergétique supérieure, si les postes de télévision et chaînes hifi n'étaient pas équipés d'un mode veille et si les ampoules électriques généraient plus de lumière que de chaleur. Mais ce n'est pas avec ces solutions techniques que nous avons fait le tour de la question. Je crois qu'au cours d'une génération, nous aurons l'occasion de vivre non seulement une révolution de l'économie des matériaux et énergies, mais aussi l'émergence de concepts complètement nouveaux en matière de mobilité urbaine et interurbaine.
L'avenir respectueux du climat est faisable, j'en suis convaincu, et l'Allemagne remplit toutes les conditions requises pour être gagnante dans ce processus. La technique environnementale allemande est appréciée partout dans le monde, et nous sommes parmi les premiers en matière de recherche. L'Allemagne se place au deuxième rang du palmarès des dépôts de brevets concernant l'efficacité énergétique. Il est donc fort probable que les entreprises et salariés allemands puissent également profiter des investissements qui seront mis en ?uvre au niveau mondial dans le domaine de l'environnement.
Nous disposons du potentiel permettant de déclencher une révolution industrielle écologique. Mais il faudra accélérer au maximum les choses. Les règles de l'économie de marché nous aident dans ce contexte. Il est important d'intégrer dans le calcul du prix de tout produit ou tout service le coût que celui-ci génère pour la société: au niveau de la propreté de l'air, des matières premières qui ne sont pas disponibles en quantité infinie, des déchets, du bruit et de l'encombrement des routes. A ajouter dans ce contexte: la poursuite du commerce des émissions, la réduction des subventions allant à l'encontre de la protection de l'environnement de même qu'une politique fiscale offrant plus d'incitations sur le plan écologique. Je suis convaincu que si nous émettons les signes appropriés en matière de prix, si nous assurons une transparence des coûts et si nous nous efforçons de pratiquer une activité économique aussi respectueuse de l'environnement que possible, nous pourrons déclencher au niveau mondial une course à la recherche et aux travaux scientifiques.
La mutation que nous devons encourager ne pourra cependant pas concerner exclusivement le domaine technologique. Car tout en étant à juste titre confiants dans le progrès technique, il faut bien admettre que les dix, voire vingt prochaines années ne verront probablement pas l'avènement d'une source d'énergie ne générant aucune émission polluante. A cela s'ajoute le fait que dans le passé, les gains en efficacité réalisés grâce au progrès technique étaient grignotés pour une large partie par l'accroissement de la consommation globale. C'est ainsi qu'aujourd'hui, nous disposons certes de voitures plus économiques en termes de consommation de carburant, mais elles sont bien plus nombreuses; et nos appareils électroménagers consomment certes moins d'énergie, mais les nouvelles applications électriques se multiplient. A elle seule, la technologie de l'information et de la communication, de l'ordinateur portable à l'écran de télévision plasma en passant par le téléphone cellulaire, a généré en 2007 plus de dioxyde de carbone nuisible au climat que l'ensemble du trafic aérien dans le ciel allemand.
C'est pourquoi j'insiste: il est également temps de se demander si le raisonnement du "toujours plus" pourra nous permettra de challenger l'avenir. Je connais les réserves formulées pour réagir à cette question: si les personnes ont l'impression que le développement durable est avant tout synonyme de renoncement et restriction, nous ne réussirons pas à les convaincre, dit-on.
Longtemps, la politique de l'environnement avait la réputation d'être un domaine d'activité réservé aux apôtres du renoncement, aux ennemis de la technologie et aux défaitistes - mais ce n'est vraiment pas dans cette catégorie qu'il faut la voir.
Que faire alors? Comment arriver à ce que les gens soient disposés à procéder aux changements nécessaires, comment réduire craintes et réserves, comment générer la confiance et l'envie d'évoluer?
Nous devons peut-être prendre l'allusion au sérieux selon laquelle notre style de vie actuel nous demande de renoncer à bien des choses. Nous renonçons à des centres-villes animés, où il fait bon vivre, et nous acceptons en échange des centres commerciaux situés sur des prés autrefois verdoyants. Les riverains des grands axes routiers doivent renoncer au calme; les enfants et les personnes âgées sont privés de leur liberté de se déplacer en dehors de leurs habitations. Et tous ceux qui font matin et soir la navette pour aller au travail ou rentrer chez eux sacrifient un temps précieux qu'ils pourraient passer avec leur famille et leurs amis alors qu'ils sont immobilisés dans les embouteillages avec des milliers d'autres - ensemble mais seuls. Une grande partie de notre quotidien consiste à renoncer à différentes choses, nous ne l'avons pas encore bien compris. Car si nous le comprenions, nous nous rendrions compte que, par exemple, un réseau de transports publics confortable, bon marché et desservant l'ensemble du territoire est synonyme d'une qualité de vie améliorée, avec moins de bruit, moins de consommation d'espace et moins de perte de temps dans notre auto... qui n'est pas mobile.
Monsieur Weinzierl, vous avez dit un jour que le développement durable doit devenir une question "culte". Je crois que vous avez raison. Et j'ai bien l'impression que le changement est d'ores et déjà en cours. C'est "cool" de prendre le vélo pour traverser la ville... et non pas le SUV. La maison à faible consommation d'énergie devient un symbole de réussite sociale. Il y a quelque temps, j'avais invité au Château Bellevue une classe d'écoliers qui m'ont raconté avec enthousiasme comment ils avaient contribué à diviser par deux la consommation d'électricité de leur école. Dieu merci, il existe beaucoup de projets de ce type en Allemagne, un grand nombre d'entre eux bénéficient d'ailleurs de l'assistance de la Fondation allemande pour l'Environnement . Chacun de ces projets compte.
Je suis confiant: ce sont ces nombreux petits et grands projets dans les jardins d'enfants, les écoles et les universités, les paroisses, les groupements pour la protection de l'environnement et de la nature, les syndicats ou les entreprises qui vont contribuer de manière décisive à faire en sorte que le changement dans la société devienne une culture du développement durable.
Aujourd'hui, ils sont encore une minorité. Mais bien souvent, une minorité est devenue une majorité, s'inscrivant à jamais dans l'histoire.
Les décideurs politiques ne peuvent pas prescrire le changement culturel, mais ils peuvent apporter leur assistance et le promouvoir. Grâce à l'enseignement et à la formation dans le cadre desquels on explique la valeur d'un style de vie allant de pair avec le développement durable; grâce à une information et transparence accrues pour le bénéfice des consommateurs prêts à assumer leurs responsabilités; et aussi en valorisant le travail d'approvisionnement et l'engagement des citoyens. Il me semble aussi important de se mettre en quête de critères améliorés permettant de mesurer et décrire les éléments caractérisant une bonne société. Le seul produit national brut n'est pas un indicateur approprié: en effet, il réduit le champ de vision en ne considérant que la croissance de ce qui peut s'acheter. Mais notre monde est plus grand, il dépasse celui des marchandises; l'être humain est plus qu'un simple consommateur ou producteur.
Y pensons-nous suffisamment?
Le monde tel que nous le connaissions touche à sa fin, dit-on. Certains signes précurseurs semblent le confirmer. Mais ceci ne doit pas donner lieu à une attitude de fatalité ou résignation. Car chacun d'entre nous, femmes et hommes, peut contribuer à former et aménager un nouveau monde, un monde meilleur. C'est à nous, pour une large partie, de prendre en main notre avenir. Saisissons cette opportunité et assumons nos responsabilités: devant la Vie et pour le bien-être de nos enfants et petits-enfants.
